10ème Edition des « mardis du numérique : « La société sénégalaise face au défi des innovations technologiques » : transformations sociales, médias et perspectives.

La 10ième et dernière édition de l’année, du cycle de conférences des « mardis du numérique » s’est tenue ce 18 décembre 2018 dans un hôtel de Dakar en présence du Garde des sceaux, Ministre de la Justice, le Professeur Ismaila Madior FALL, d’experts du numérique et de la sociologie et de nombreux étudiants.

Ibrahima Nour Eddine DIAGNE, Président de l’association African Performance Institute (API) initiatrice de cette série de conférences, a introduit le sujet du jour sous l’angle de la compatibilité de l’évolution numérique avec nos valeurs socio-culturelles. Ce qui conduit le Professeur Ismaila Madio FALL, à affirmer que la révolution numérique constitue une actualité à la fois bouleversante et préoccupante. Il poursuit en rappelant que toute société humaine est inévitablement soumise à une évolution d’un modèle traditionnel vers un modèle moderne. D’où l’importance de relativiser la notion de « valeur ». Car, selon le Pr FALL, les valeurs des sociétés dites traditionnelles ont, dans le passé, été les mêmes que celles dites des sociétés modernes. Autrement dit, il s’agit tout simplement de la dynamique de modernisation des sociétés.

Cette rencontre aura également servi de tribune au Garde des sceaux pour revenir sur la question lancinante de la censure d’Internet au Sénégal. Il précise qu’en réalité il s’agit plutôt de la mise en place de mesures de contrôle. Car, selon le Ministre, le numérique requiert une régulation, notamment lorsque le contenu porte atteinte aux libertés individuelles. Il renchérit : « la régulation n’est pas entre les mains du gouvernement, elle est plutôt faite par le juge ». Avant de clore son intervention sur ce sujet, il a invité le public à lire le texte de loi, prévu à cet effet, et accessible sur le site www.numerique.gouv.sn.

Le numérique, un miroir de notre société

Pour le Professeur de sociologie Mme Fatou SARR SOW, le numérique ne peut être désigné comme « responsable » de ce qui est considéré comme dérives sur les réseaux sociaux. Au contraire, celui-ci n’est que le miroir de notre société, de ce que nous sommes. En lieu et place de cette mise en accusation, elle suggère une acceptation de la situation tout en essayant de trouver des mécanismes pour la faire évoluer. Selon le Professeur SOW, cette situation de crise va inéluctablement se tasser, mais en attendant, comment parvenir à une « auto censure collective » ? Interpelle-t-elle le public. Comme pour répondre à sa propre interrogation, elle donne l’exemple de progression de la société rwandaise, qui s’explique, selon le Professeur, par le fait qu’aucune possibilité d’errements n’est laissée aux jeunes, car dans les universités rwandaises les cours se poursuivent jusqu’à 21 heures. Cette forme d’occupation des jeunes, dans le temps, par l’instruction, permet, selon elle d’éviter des comportements jugés négatifs. Elle ajoute que les écarts de langage dans les réseaux sociaux constituent un baromètre de mesure de l’état de frustration des jeunes et de la société en général. Pour la spécialiste du genre, le rêve rwandais est possible, à condition qu’on offre toutes les possibilités aux jeunes.

Par ailleurs, Mme SARR, comme pour se réjouir des avantages des technologies de l’information, indique que celles-ci ont apporté des avancées significatives pour les chercheurs en sciences sociales. L’exploitation des données de recherche est devenue plus rapide, grâce à la facilité d’accès à l’information.

Responsabilité des médias: de l’enjeu des contenus à la sensibilisation

On ne cessera de le dire, l’Afrique mise sur sa jeunesse pour son développement, considérant tous les atouts qu’elle représente pour l’avenir. Des dynamiques s’enchevêtrent dans le continent, et selon Monsieur Mamadou NDIAYE, Directeur de la Communication, du Numérique et du pôle Editions du Groupe e-Media INVEST, l’Afrique est présentée comme un continent avec de grands enjeux. Et, poursuit-il, la réponse des média africains à ces enjeux demeure timide. Monsieur Ndiaye estime que si les média veulent survivre, ils doivent développer des contenus capables d’intéresser le public : « Les média étrangers vont nous imposer les choses selon leur perspective; la réponse est dans le développement de contenus ».

Autrement dit, le modèle actuel n’étant plus opérant, il faut suivre l’information jusqu’au bout, sous risque de subir la puissance de ceux dont les modèles sont plus achevés.

Où en est la presse dans son rôle d’éveil et de sensibilisation des masses ? A cette question, Monsieur NDIAYE estime qu’elle en constitue le « parent pauvre », alors que c’est l’une de ses missions. Il affirme : « l’Education des populations à une meilleure utilisation d’internet est un moyen d’éviter des dérives. Il faut former l’e-citoyen, en privilégiant les avantages du numérique, mais aussi en relevant les atouts du continent ».

Opportunités ou menaces ?

Pour Monsieur Alex CORENTHIN, Enseignant-Chercheur, Gestionnaire du NIC Sénégal de l’UCAD, la transformation digitale est incontournable pour tous les secteurs. Les populations doivent être formées au discernement, à savoir  distinguer les vrais des faux sites d’informations. Il estime important, par ailleurs, la nécessité de relayer des informations sans aucune once de contrôle. Il soutient l’idée de la conception d’applications qui correspondent à nos propres réalités et répondent aux besoins de nos concitoyens. Et Monsieur Corenthin d’ajouter : les technologies ont des méfaits, mais sont aussi porteuses de solutions.

Monsieur Ibrahima Nour Eddine DIAGNE abonde dans le même sens : « à force d’insister sur les dérives, les opportunités passent inaperçues ».

Pour M. DIAGNE, il y’a une perception selon laquelle le numérique est entré dans nos pays par effraction. Alors que, les choses ont toujours évolué ainsi, mais pas à un rythme aussi impressionnant. Il regrette cette posture de « conservateur et progressiste », qui se manifeste par la contradiction de vouloir conserver les acquis et en même temps profiter des progrès.

Quelles sont les solutions ?

Les discussions sur la question de la transformation numérique dans notre société se sont révélées très riches et multidimensionnelles. On en retient que notre société est bouleversée par ces changements rapides, qui modifient de manière considérable sa structure. 

A la lumière des échanges, plusieurs solutions ont été dégagées parmi lesquelles, la mise en place d’un observatoire des réseaux sociaux, la sensibilisation des populations, la production de contenus instructifs pour les jeunes.

Le comité d’organisation, dans l’objectif d’ouvrir ces débats à tous les jeunes du Sénégal, envisage de décentraliser les prochaines conférences. La première de l’année 2019 est ainsi prévue de se tenir, le 22 janvier, dans la région de Thiès.

DSC_5490
DSC_5607
DSC_5612
DSC_5559

Garmy SOW 

Télécharger la version PDF de l’article

Laisser votre commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *